Let me tell you the fascinating story of kissing in France, from “la bise” to the internationally famous French Kiss.
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From la bise to the French Kiss — a love story
Salut tout le monde, c’est Pauline. Pardon, le coq me dit bonjour. Même s’il est déjà 11h30 du matin, je pense que le coq fait un peu la grasse matinée aujourd’hui. Bref, bonjour c’est Pauline, bienvenue sur The French Castle.
Aujourd’hui on va parler d’un sujet qui, je pense, concerne tout le monde, que vous soyez français ou que vous ayez un jour mis les pieds en France — on va parler de la fameuse bise, et aussi, parce que les deux sont liés, du French Kiss, qui sont bien sûr deux choses très différentes.
Alors si vous n’êtes pas français, vous savez peut-être de quoi je parle. Cette terreur silencieuse quand vous arrivez chez des Français et que tout le monde commence à se faire la bise. Combien, quelle joue en premier, est-ce qu’on se touche vraiment ou c’est juste dans l’air ? Est-ce qu’on fait un bruit ?
Mais — et ça c’est quelque chose qu’on dit moins — le problème est exactement aussi réel dans l’autre sens. Parce que moi par exemple, quand je voyage dans des pays anglophones et que les gens me font un petit câlin, un hug pour dire bonjour, eh bien honnêtement ça me met mal à l’aise. Je sais pas pourquoi, c’est très bizarre, à la fois c’est chaleureux mais ça reste quand même froid. Et même aujourd’hui je crois que je m’y suis habituée parce que j’ai pas mal voyagé, mais ça me fait encore bizarre. Mais à l’époque je savais pas quoi faire de mes bras, combien de temps c’était censé durer, est-ce qu’on se serre fort, est-ce qu’on se tape dans le dos ?
Pour moi c’est une intimité qu’on réserve aux proches et à la famille. Le hug, d’ailleurs on ne fait pas souvent de hugs — peut-être quand on retrouve quelqu’un après une longue absence, ou quand on a une conversation très intense avec quelqu’un qui est vraiment proche de nous, quelque chose d’émotionnel. Pour moi c’est ça le hug. La bise au contraire c’est beaucoup plus mondain.
Donc c’est un peu awkward, un peu gênant, je pense des deux côtés.
Alors la bise c’est quoi exactement ?
Il faut être clair un petit peu sur ce que c’est. Ce n’est pas un vrai baiser — les lèvres ne touchent généralement pas la joue. Encore que, parfois les lèvres touchent la joue, si c’est une vieille tante qui vous embrasse, peut-être qu’elle veut vous faire une grosse bise bien humide sur la joue. Ça ce serait déjà plus comme un bisou, un vrai bisou. Parfois ça ne touche pas du tout, on se frôle juste l’un l’autre et on fait le son d’un petit baiser. Ça reste quand même discret en général. C’est une sorte d’air kiss comme on dit en anglais.
Et on la fait pour tout — pour dire bonjour, pour dire au revoir, pour féliciter quelqu’un, pour le Nouvel An bien sûr, ça c’est universel après les 12 coups de minuit. Entre femmes bien sûr, et surtout entre un homme et une femme. Et de plus en plus entre hommes aussi, surtout dans les jeunes générations — ça dépend peut-être des régions, mais ça arrive souvent de voir des mecs, s’ils sont plutôt bons copains, se faire la bise. Mais ça je pense que c’est pas partout non plus. En général, traditionnellement, les hommes se serrent la main — mais ça change, et c’est différent selon les régions et selon les âges je pense.

L’origine de la bise
Alors l’origine de la bise c’est un peu compliqué. L’origine exacte, personne ne la connaît vraiment. Les historiens s’accordent à dire que ça remonte à l’Antiquité romaine. Les Romains se faisaient des baisers sur les joues ou sur les lèvres selon le rang social, pour sceller des alliances, pour montrer leur loyauté. Un esclave par exemple n’échangeait jamais de poignée de main avec son maître — il l’embrassait. C’était un geste de hiérarchie autant que d’affection. Bizarre.
Ce rituel s’est ensuite codifié en France au Moyen-Âge. Les vassaux embrassaient leurs seigneurs pour marquer leur allégeance. C’est aussi pour ça qu’on retrouve la bise surtout dans les pays à héritage romain — la France, l’Italie, l’Espagne, le Portugal — et beaucoup moins dans les pays germaniques ou anglophones.
Et ensuite, beaucoup plus tard, arrive la Révolution française — et là la bise change de sens. Elle n’est plus un geste de vassalité, de soumission à un supérieur. Elle devient au contraire un geste d’égalité entre les gens. Les républicains se faisaient la bise en levant les bras pour montrer qu’ils ne portaient pas d’armes. Et paraît-il, le nombre de bises reflétait la ferveur révolutionnaire — ce qui expliquerait pourquoi dans certains quartiers populaires de Paris, on fait encore quatre bises aujourd’hui. C’est une trace de l’histoire dans un geste quotidien. Donc plus tu étais révolutionnaire, plus tu voulais montrer ton amour de la révolution, plus tu faisais de bises.
Ensuite au XIXe siècle, la bise disparaît de l’espace public. On ne sait pas exactement pourquoi. Probablement une combinaison de pudeur victorienne, de formalisme bourgeois, de peur des épidémies aussi peut-être. Elle survit certainement dans les familles, en privé, mais dans la rue, dans la société, elle s’efface un peu.
Et elle revient plus tard — et là c’est très intéressant et très français — elle revient en mai 68. Donc en mai 68, c’est la révolution culturelle, le retour du corps, de la spontanéité, du contact. Et mai 68 remet la bise dans l’espace public. Et elle ne repartira plus.
Le chaos des régions
Et donc ce nombre de bises, eh bien parfois ça rend fou un petit peu parce qu’il n’y a pas de règle nationale. En principe, en général, on se fait deux bises. Et vous remarquez que je dis “on se fait” parce que c’est mutuel — on dit “se faire la bise”, ou “faire la bise à quelqu’un”. Donc en général c’est deux bises. Dans certaines régions, à Montpellier par exemple, dans le sud on en fait trois. Dans certaines régions, comme je l’ai expliqué, c’est quatre. Et en Corse, la petite île au sud de la France, ça peut aller jusqu’à cinq. Donc il n’y a pas vraiment de règle nationale, ça dépend d’où vous êtes.
Mais il existe une carte de France qui cartographie le nombre de bises par région, et la question de quelle joue on tend en premier — la droite ou la gauche — ça varie aussi selon les régions. On a le nombre de bises, on a par quelle joue commencer — c’est tout un rituel social.
Ça prend du temps — et c’est le but
Et une chose que les étrangers remarquent souvent : quand vous arrivez à une soirée ou un repas avec par exemple dix personnes, vous faites la bise à tout le monde individuellement. Et quand vous partez, vous recommencez. Et ça peut prendre facilement cinq minutes. Donc pour quelqu’un qui vient d’une culture où on entre dans une pièce et on dit “hey everyone” en faisant un vague geste de la main, ça peut sembler un peu absurde — je comprends très bien. Mais il y a quelque chose de profondément respectueux en fait là-dedans. Chaque personne est reconnue individuellement, personne n’est fondu dans la masse. Et c’est cette même logique que j’évoquais avec les au revoir français qui durent 20 minutes dans une vidéo précédente, ou les adieux au téléphone interminables. Pour les Français, en fait, le lien entre les gens mérite du temps. Ce n’est pas de l’inefficacité, c’est une sorte de valeur.
Et c’est vrai, on va parfois dire au revoir pendant 20 minutes — allez bonne soirée, passe un bon week-end, rentre bien, profite bien de ta journée demain, dis bonjour à ta femme, dis bonjour à tes voisins de ma part, on s’appelle la semaine prochaine d’accord ? Et vous voyez ça peut continuer comme ça pendant facilement dix minutes, vingt minutes. Mais c’est agréable d’une certaine manière. Et bien sûr on se fait la bise aussi pour se dire au revoir — ça va ensemble.
Le Covid a failli tout tuer — mais non
Bien sûr pendant le Covid, pendant la pandémie, le ministère de la Santé a officiellement déconseillé la bise. Donc pendant quelques mois on s’est retrouvés à faire quelques petits gestes de la main un peu gênés, ou alors on faisait le namaste indien, ou on se touchait les coudes — ce que j’ai toujours trouvé un petit peu ridicule. Donc certains ont prédit la fin de la bise. Eh bien non — elle est revenue, et dans toutes les générations, parce que c’est quelque chose de vraiment profondément ancré en nous.
Donc voilà pour la bise — je comprends que ça puisse paraître un petit peu bizarre de l’extérieur, mais chez nous c’est comme ça.
Le mot “baiser” — attention
Il y a un autre type de baiser. D’ailleurs je voudrais dire que “baiser” quand on parle d’un nom, c’est un mot tout à fait acceptable — le baiser, the kiss. Par contre ne l’utilisez pas en tant que verbe — là ça prend une dimension totalement différente. “Baiser” comme un verbe est à utiliser avec précaution parce qu’aujourd’hui c’est très sexuel, c’est très vulgaire même. Mais à l’époque, l’action de “baiser” c’était innocent.
Par exemple, quand vous aviez deux miches de pain qui cuisaient dans le four, on pouvait dire qu’elles “baisaient”. C’est incroyable ! En fait il y avait cette idée de feu, de chaleur, qui les unissait, qui les engorgeait, qui les gonflait de plaisir.
Mais aujourd’hui, attention — je ne vous conseille pas d’utiliser ce verbe pendant un premier rendez-vous. Bref.
Alors, petite parenthèse — en fait j’ai vérifié, je me suis un peu emballée, ça n’a rien à voir avec la chaleur du four. “Baiser”, en fait à l’époque, c’était quand les deux miches de pain étaient collées l’une à l’autre. Et donc elles se touchaient, et la partie qui se touchait ne cuisait pas aussi bien que le reste. Et donc il n’y avait pas de croûte qui se formait. Donc en fait “baiser” ça venait du fait d’être en contact, d’être collé l’un à l’autre. Donc on pouvait dire que les pains étaient baisés, et la partie de contact entre les deux pains, c’était la baisure. Voilà, petite correction.
Le French Kiss
On va parler maintenant du French Kiss — un baiser qui est associé à la France dans le monde entier, un baiser qui est beaucoup plus amoureux. Et là il y a quelque chose d’assez drôle parce que les Français n’ont pas inventé le terme, et pendant très longtemps on n’avait même pas de mot pour ça en français. Ce n’est qu’en 2014 que le Petit Robert a ajouté le verbe “galocher” — embrasser avec la langue — tiré du mot “galoche”.
Et ce terme “galoche” en fait à l’origine désigne une chaussure, une sorte de couvre-chaussure, ou une sorte de sabot avec une semelle en bois. Et c’est très bizarre cette association avec la chaussure, parce qu’on a aussi l’expression “rouler un patin”. Rouler un patin, c’est s’embrasser avec la langue de manière un peu vorace, un peu goulue. Un patin, c’est aussi une sorte de chaussure — on a un patin à glace, un patin à roulettes, une sorte de skate en anglais. Alors je ne sais pas si ça a à voir avec le fait que les langues glissent quand on s’embrasse… je ne sais pas. C’est très bizarre.
Et donc le terme “French Kiss” est né dans les pays anglophones au début du XXe siècle. L’explication la plus populaire c’est que les soldats américains et britanniques qui étaient stationnés en France pendant la Première Guerre mondiale ont découvert une façon d’embrasser plus passionnée, et quand ils sont rentrés chez eux, ils ont ramené le concept avec eux — et le nom avec : French Kiss.
Mais il y a quelque chose de plus profond là-dedans. En anglais, le mot “French” est devenu depuis longtemps un adjectif qui signifie sensuel, libertin, un peu transgressif. French Kiss oui, mais aussi French perfume, French lingerie… Paris comme la ville de l’amour — ce que moi je n’ai jamais vraiment compris. Et ensuite bien sûr le cinéma français des années 60 et 70, avec une liberté érotique qu’on ne trouvait pas ailleurs dans le monde à cette époque. Brigitte Bardot, Emmanuelle, la Nouvelle Vague — tout ça en fait a construit une certaine image de la France comme un pays très très érotique, très sensuel.
La France comme marque — et le paradoxe
Et ce qui est fascinant c’est que cette image de la France a été construite en grande partie par les autres. Les Français ne se sont pas levés en disant “on va s’appeler le pays du French Kiss” — c’est une projection externe qui est devenue une identité. Et ça, moi ça m’a souvent rendue un petit peu perplexe quand je regardais des films américains et qu’on parlait des femmes européennes, vous voyez, comme si elles avaient un style un petit peu plus débridé, une idée de la nudité différente. Et bien je ne savais pas vraiment d’où ça venait — peut-être que pour moi c’était juste normal. Et c’est vrai que je me suis rendu compte plus tard que peut-être qu’aux États-Unis les gens peuvent être un petit peu plus puritains. Bon, ça c’est à débattre.
Et bien sûr le French Kiss n’est pas le seul exemple. Les French Fries par exemple — les frites — bon bien sûr déjà elles ne sont pas françaises, elles sont belges. Les Belges ont inventé la frite. Le French Toast par contre, c’est très intéressant — le pain perdu en français. Ça vient bien de la France, mais c’est une recette de pauvres entre guillemets, de gens qui ne voulaient pas jeter le vieux pain sec, le pain perdu. Alors on y ajoutait quelques œufs, parfois un peu de lait, avec un peu de sucre par-dessus, et paf, on pouvait profiter et manger un pain qu’on aurait sinon jeté. Le pain perdu — littéralement “lost bread”. Et aujourd’hui aux États-Unis c’est servi dans des brunchs chics à 18 dollars avec du sirop d’érable et du sucre glace et un petit verre de mimosa, un petit verre de Champagne. C’est très bizarre, à une époque où des gens en France mangeaient des pigeons ou des grenouilles d’ailleurs.
Donc le mot “French” dans la langue anglaise est devenu une sorte d’esthétique à lui tout seul — une façon de dire sophistiqué, sensuel, un peu mystérieux, légèrement supérieur en matière de plaisirs de la vie. C’est un cliché bien sûr, c’est purement du marketing — du marketing qui a peut-être commencé naturellement et dont après nous nous sommes servis pour justement attirer plus de gens, attirer des touristes, et nous créer une identité attirante, attrayante. Parce que les clichés en fait disent toujours quelque chose de réel sur la façon dont une culture est perçue. Le cliché peut être biaisé, exagéré, mais il y a quand même toujours une petite part de vérité, non ? Est-ce que vous êtes d’accord avec ça ?
Outro
Voilà, donc de la bise romaine aux soldats américains de 14-18, en passant par la Révolution française et Brigitte Bardot, on a fait un assez beau voyage aujourd’hui. Un voyage sensuel, un voyage érotique. Si vous avez une histoire de bise qui a mal tourné, une collision de joues, un nombre de bises raté — racontez-moi ça dans les commentaires, je suis sûre qu’on a tous un souvenir de ça. Et si vous avez appris quelque chose aujourd’hui, partagez cet épisode avec quelqu’un qui se demande pourquoi les Français font ça. Sur ce — comme on dit en français quand on veut passer à autre chose — merci de m’avoir écouté et à bientôt sur The French Castle. Allez, je vous fais des bisous, bisous !
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