E4 Cinq ans en Inde, ce que personne ne vous dit

Vous connaissez l’Inde ? Vous voulez en savoir plus sur mon expérience là-bas et sur les contrastes entre la France et l’Inde ?

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Transcription

Salut tout le monde, moi c’est Pauline. Je suis coach de français, j’ai 38 ans et donc j’ai créé TheFrenchCastle.com pour aider mes élèves dans leur apprentissage du français. Donc c’est un site et un podcast avec plein de ressources pour apprendre le français. Et voilà, je voulais vous parler un petit peu d’une expérience qui m’a vraiment marquée dans ma vie, parce que j’ai passé cinq ans en Inde et j’aimerais vous parler non seulement de mon expérience mais du contraste entre la France et l’Inde, maintenant que je suis rentrée vivre en France. Donc voilà, j’espère que ça va vous intéresser.

Comment tu t’es retrouvée en Inde pendant 5 ans ?

Donc voilà, c’est très simple en fait : j’ai rencontré un Indien il y a maintenant dix ans et on s’est mariés, donc c’est comme ça que je me suis retrouvée à passer cinq ans là-bas. Bien sûr, j’avais cette image de l’Inde qu’on connaît tous, qu’on voit à la télé : la saleté, la densité, le chaos, tout ça, mais je ne savais vraiment pas grand-chose de l’Inde.

Donc là je vais vous parler de mon expérience en Inde, mais il faut dire que l’Inde, c’est plus un continent qu’un pays. Donc je ne peux pas prétendre connaître l’Inde, je ne peux que vous parler de la région où j’étais, qui est le Punjab, donc au nord-ouest de l’Inde, et plus précisément j’étais à Chandigarh, qui est la dernière grande ville avant d’aller dans les montagnes de l’Himalaya. Et c’est assez marrant parce que cette ville est une ville très moderne qui a été conçue et planifiée par un architecte français, Le Corbusier, qui est un architecte très connu dans le monde entier parce que lui, il a conçu ce qu’il a appelé l’unité d’habitation, pour répondre au besoin de logements après la Deuxième Guerre mondiale.

Donc Chandigarh, c’est une ville très organisée, il y a pas mal de VIP qui habitent là-bas, donc des politiciens surtout, qui apprécient la présence de verdure, ce qui est plutôt rare dans les villes indiennes. Donc c’est une ville qui est très différente des villes anciennes de l’Inde qui, là, il faut le dire, n’ont aucune organisation. C’est une ville où le code de la route est plus ou moins respecté, en tout cas plus que dans le reste du pays.

Donc voilà, moi je vais vous parler un petit peu de cette région : Punjab, Haryana, Chandigarh, qui est une ville-État, mais je ne peux pas vraiment me prononcer sur le reste de l’Inde parce que tout est très différent : au sud, par exemple, ou dans d’autres États.

En plus, c’était pendant le deuxième confinement du Covid. En fait, c’était juste avant le premier confinement. Et bon, la première chose qui frappe, honnêtement, c’est un peu stéréotypique, mais c’est la chaleur. C’est une chaleur qui vous colle à la peau, c’est une chaleur qui vous tombe dessus comme une masse. Alors, nous on est arrivés début mars, donc au tout début c’était supportable, mais au bout d’une semaine la grosse grosse chaleur de l’été est arrivée et là ça a été un petit peu plus difficile à vivre. C’est vrai que quand on n’a pas l’habitude, c’est quand même très très extrême : on était bien au-dessus des 40, 42 degrés. Donc voilà, ça m’a pris un petit peu de temps pour m’y habituer. En fait, je crois pas m’y être habituée. Je crois que personne n’y est habitué là-bas.

Forcément, les gens là-bas, ils continuent à vivre malgré la chaleur, mais c’est quelque chose qui rend la vie très difficile. On ne peut pas laisser un pot de yaourt vide dans la cuisine pendant 5 minutes, c’est pas possible, sinon il y a des mouches, il y a des bestioles. Ça demande, ça exige une discipline de vie vraiment très très stricte. Et bien sûr, il faut s’habituer à l’air conditionné. Heureusement qu’il y a l’air conditionné là-bas partout, mais c’est pas non plus quelque chose de très agréable parce que tu es à l’intérieur, donc l’air conditionné est super froid, après tu sors, il fait super chaud, tu t’assois dans la voiture et tu colles au siège. Parfois c’est très sec, parfois c’est très humide. J’ai constaté pas mal de petits changements dans ma peau, mes cheveux, tout ça.

Donc c’est pas facile, honnêtement, et je pense que c’est l’aspect probablement le plus difficile auquel on doit s’adapter quand on arrive là-bas.

Tu t’es mariée en Inde ?

Et voilà, je voudrais vous parler un petit peu du mariage là-bas parce que le mariage, c’est vraiment sacré, c’est la plus grande occasion de sa vie, à part peut-être la naissance d’un enfant. Et donc j’ai pu faire cette expérience totalement folle et grandiose.

Il faut savoir que là-bas les gens ont l’habitude de dépenser absolument tout leur argent pour faire une fête, un événement totalement incroyable. On invite des centaines et des centaines de personnes. Alors nous, on a eu un mariage un petit peu express parce que c’était avant qu’on aille s’y installer, donc on avait prévu un mois de vacances et en fait, en arrivant, la première semaine on a décidé de sauter le pas. Mais normalement, là-bas, se marier, ça prend un an, parce qu’il y a énormément de choses à faire, avant, après, beaucoup de rituels, de cérémonies, bien sûr beaucoup de préparatifs, il faut aller voir toute la famille même si elle est disséminée un petit peu partout dans le pays. Et c’était… J’avoue que c’était formidable. Et ce qui est très différent du mariage en France, c’est que là-bas toute la famille est impliquée dans le processus. Donc par exemple, moi quand je suis allée essayer les robes de mariage dans un magasin, toute la famille est venue avec moi.

Il y avait le grand-père et la grand-mère, et moi j’étais sur une sorte de podium et donc ils me regardaient et donnaient leur avis. Et ce qui est marrant là-bas, c’est qu’il n’y a que des hommes en général qui bossent dans ce type de magasin. Donc il y avait trois mecs autour de moi qui prenaient les mesures, qui sortaient toutes sortes de tissus, de voiles, de jupes, d’accessoires. Et on sentait que c’était vraiment une occasion très très spéciale à laquelle tout le monde avait envie de participer. C’était pas mon mariage, c’était le mariage de la famille, et ils étaient très très heureux et ça se voyait, honnêtement. Alors bien sûr, au début, c’était un peu bizarre parce que la famille me voyait comme une Française. Et là-bas, il faut savoir que tout ce qui est européen, c’est mieux, donc j’avoue qu’ils m’ont un peu mise sur un piédestal, ce qui m’a fait un peu bizarre parce que moi j’avais pas du tout cette vision-là de moi-même : je ne viens pas de la haute société, je viens d’une famille qui est très simple, rurale même. Donc c’est pas qu’ils m’ont mis la pression, mais moi je me la suis mise un petit peu, comme si je devais mériter ce piédestal sur lequel ils m’avaient mise. Mais j’ai eu de la chance, ils étaient vraiment très ouverts, très généreux et ils étaient surtout très curieux, donc ils me posaient plein de questions, pas seulement sur ma vie mais sur la manière de vivre en Europe. Et pour eux, c’était vraiment une opportunité d’apprendre à mieux connaître le monde. Et voilà, c’était vraiment très très très sympa de pouvoir créer ce lien avec eux.

Et voilà, pour en revenir au mariage, c’est vrai que c’est tellement grandiose là-bas. Il y a des choses, par exemple, les photographes : il y a une tribu de photographes qui vous suivent. Et là-bas, il ne faut pas que les photos soient naturelles, c’est de la retouche à la Photoshop, c’est-à-dire, il faut poser, il faut sourire tout le temps. Et c’était très marrant, avec un photographe qui me suivait et qui me disait : « Maintenant faites cette pose » et « Maintenant regardez-moi comme ça. » J’essayais de leur dire, mais c’est bon, on se calme, prenez des photos naturelles, pas besoin de poser, mais ils ne comprenaient pas. Et donc on a fait la soirée de fiançailles, on a fait bien sûr la cérémonie religieuse le lendemain matin, où là il y a un prêtre qui parle en sanskrit et on est autour du feu. Donc il faisait déjà 40 degrés, donc c’était un petit peu désagréable dans ce sens-là parce que déjà tu as une énorme robe, tu as plein de bijoux et tu transpires comme pas possible. Et après tu dois faire le tour du feu sept fois parce que quand on se marie là-bas, on se marie aussi dans l’au-delà, donc on se lie à quelqu’un pendant sept vies. Et donc, mais c’était vraiment beau, toute la famille était là. Et le soir, le lendemain soir, on a fait une grande réception, une grande fête avec tous les amis, toute la famille. Alors là, les jeunes mariés sont censés s’asseoir sur une sorte de canapé qui est à nouveau sur un piédestal, et tout le monde vient les féliciter, prendre des photos. Donc à nouveau tu dois poser. Donc non, j’avoue qu’on s’est échappés assez rapidement pour aller discuter et passer du temps avec la famille et les amis. On n’est pas restés trois heures sur le canapé.

Donc voilà, il y a des coutumes très formelles qu’il faut respecter. Donc nous on a eu de la chance, on a eu un mariage plutôt express par rapport aux autres mariages là-bas, mais pour moi c’était quand même beaucoup plus grand, beaucoup plus grandiose que ce que j’avais l’habitude de voir en France. Et rien que le nombre d’invités, il faut inviter 200, 250 personnes, c’est vraiment un grand grand événement.

Les femmes en Inde

Il y a aussi la question de la femme en Inde. Alors ça, c’est un sujet qu’on pourrait approfondir pendant des heures et des heures. C’est aussi très différent selon où vous êtes, selon votre classe sociale. En général, la femme est très respectée. Alors on pourrait penser que c’est un système patriarcal parce que c’est souvent l’homme qui prend les décisions, plutôt logistiques, plutôt financières. Mais au final, moi ce que j’ai pu constater vraiment, c’est que c’est la femme qui a le dernier mot, c’est la femme qui mène la danse. Surtout les femmes âgées : il y a un énorme et très profond respect envers les personnes âgées en général. Mais alors les grands-mères là-bas, c’est la référence ultime. Personne ne peut avoir un mot de déplacé quand ils parlent à une femme âgée indienne, ça, c’est juste impensable. Et donc, oui, bien sûr, la femme, elle est là pour s’occuper de sa famille, ça c’est primordial. Le mariage là-bas, c’est une équipe en fait.

On parle beaucoup des mariages arrangés, des mariages forcés. Alors non, ça n’a pas du tout cette connotation négative là-bas. Oui, bien sûr, il y a des mariages arrangés, mais c’est volontaire. Moi, j’ai rencontré toutes les cousines de mon mari, elles avaient quoi, 20 ans, 25 ans, 28 ans, et elles ont toutes décidé d’elles-mêmes, un jour, de se chercher un mari. Elles ne voulaient pas trouver l’amour, elles ne voulaient pas tomber amoureuses, elles voulaient se marier et avoir un enfant. Donc quand elles se sentent prêtes, elles mettent une annonce sur internet : « Je cherche un mari. » Et après, bien sûr, la famille est impliquée, la famille est impliquée dans toutes les décisions, c’est pas individualiste comme chez nous. Donc après, la famille regarde si l’autre famille est plutôt adaptée. Si, bien sûr, il y a quand même une période où l’homme et la femme se découvrent un petit peu, où ils apprennent à se connaître pendant un mois ou deux. Et s’ils peuvent constater qu’il n’y a pas de gros problèmes, de grosses divergences, alors là ils décident de sauter le pas.

L’amour là-bas est très différent d’ici. Tomber amoureux là-bas, bon, ça doit arriver, mais c’est pas le but. Le but, c’est de former une équipe, de joindre deux familles et après de construire une situation. Et mes grands-parents — enfin, les grands-parents de mon mari — s’étaient vus seulement une seule fois, une seule fois, avant de se marier, et ils ont été mariés pendant 70 ans. Donc c’est différent, mais c’est pas forcément négatif. Bien sûr, il y a de plus en plus de divorces là-bas, il y a beaucoup plus d’influence maintenant occidentale sur la société indienne. Ils ne savent pas trop comment gérer le divorce émotionnellement, on va dire. Ça crée des rivalités, des guerres entre familles, c’est assez incroyable. Donc voilà, je diverge.

Pour en revenir à la situation de la femme, donc moi je vais vous parler de la situation où j’étais. Je ne peux pas me prononcer sur toute l’Inde, mais en général il n’y avait aucune attente spéciale envers moi. En plus, nous on n’avait pas d’enfant, donc ils s’attendaient juste à ce que je passe du temps avec eux, à ce que j’aille faire du shopping, faire les manucures, aller chez le coiffeur et tout ça. Donc moi ça m’a fait un peu bizarre parce que tous ces trucs, moi ça m’intéresse pas. Je fais du shopping une fois par an quand j’ai vraiment besoin de renouveler ma garde-robe.

Voilà, les femmes, en quelque sorte, ce sont un peu les princesses dans les classes plutôt aisées. Il faut savoir que la classe moyenne est très très très grande en Inde. Donc dans les classes moyennes ou élevées, la femme en général n’a pas vraiment besoin de travailler. Si elle a besoin de travailler ou si elle a envie de travailler, elle choisit souvent de faire des petits boulots assez agréables, avec des horaires qui lui permettent quand même d’assumer ses responsabilités au sein de la famille. Donc il y en a beaucoup qui travaillent dans des petites boutiques de prêt-à-porter, qui sont libraires ou bibliothécaires. Mais c’est vrai que les femmes sont très axées sur leur rôle de maman.

Moi, j’ai eu un petit peu de mal à me lier d’amitié avec beaucoup de femmes là-bas parce qu’on n’a pas trop les mêmes centres d’intérêt. Mais moi personnellement, il n’y avait vraiment aucune attente envers moi. Forcément, ils ont un petit peu eu du mal à comprendre pourquoi je ne voulais pas d’enfant, mais il n’y avait pas de jugement de valeur. Ils me posaient très très souvent la question, mais c’était par pure curiosité, parce que je voyais qu’ils avaient vraiment du mal à comprendre pourquoi. Pour eux, ça va de soi qu’une femme ait envie d’avoir un enfant. Donc forcément, j’avais pas toujours envie de dévoiler des choses très personnelles sur ma vie, donc je leur donnais une petite explication comme ça, à la va-vite, et je voyais leurs yeux totalement surpris. Et voilà, ils n’arrivaient pas à comprendre, mais ils ne m’ont jamais mis la pression. Là-bas, tout le monde est très tolérant, tout le monde accepte tout le monde, vit comme il veut, c’est très très libre en fait.

La plus grande idée reçue ?

Donc voilà, c’est vrai qu’on a beaucoup d’idées reçues sur l’Inde. Je pense que l’idée préconçue principale qu’on a par rapport à ce pays, c’est la saleté. Et c’est vrai, c’est très sale là-bas, c’est très sale, les rues sont couvertes de détritus, il n’y a bien sûr pas de système de camions-poubelles qui vient ramasser les déchets tous les matins. Ça, c’est juste pas possible : l’Inde, c’est trop grand, c’est trop dense. Donc pour l’instant, en tout cas, c’est pas possible, même s’ils sont vraiment en voie de modernisation. Parfois c’est même plus moderne qu’en France. Par exemple, tous les paiements peuvent se faire sur son portable, c’est immédiat, c’est très simple, c’est très facile. Mais bon bref, pour en revenir à la saleté, donc oui, c’est très sale à l’extérieur. Moi ce que j’ai découvert, c’est qu’à l’intérieur, par contre, c’est nickel. Et ça, ils ont une discipline hygiénique qui est parfois extrême. Le ménage est fait tous les jours. Et je comprends pourquoi, parce que là-bas, il y a tellement de poussière, de saleté à l’extérieur, de danger par rapport aux maladies par exemple, qu’ils sont vraiment obsédés par le ménage quotidien.

Et ils ont vraiment besoin de laisser cette saleté à l’extérieur et de pouvoir rentrer chez eux et de pouvoir rentrer dans un environnement qui soit impeccable. Donc ce ménage, il est fait — ça dépend à nouveau de la classe sociale dans laquelle vous êtes. Dans les classes où ils n’ont pas trop de moyens, c’est souvent la mère, la fille, la sœur, la cousine qui s’en occupe. Dans les classes moyennes ou élevées, ce sont des femmes de ménage qui viennent tous les matins, et c’est un vrai ménage qui fait le balcon, la salle de bain, la cuisine, tout. Parfois, la femme de ménage vient même deux fois par jour parce qu’il y a la vaisselle. Et laisser de la vaisselle sale dans l’évier pendant la nuit, mais c’est inconcevable pour eux, c’est inconcevable. Moi, j’ai dû m’y adapter parce que parfois je laissais voilà une ou deux assiettes, quelques verres, quelques couverts dans l’évier. Ah, mais là-bas, c’est juste pas possible.

Et ce qui m’a fait surtout bizarre, c’est que là-bas, il n’y a pas de week-end, c’est une machine qui tourne constamment, tous les jours sans exception. Tout se salit tellement vite. En plus, il fait très très chaud, donc on ne peut pas laisser l’appartement ou la maison sale pendant deux jours. Et il n’y a pas seulement l’aspect de propreté mais l’aspect aussi social : il y a beaucoup de visites sociales là-bas. Donc quand quelqu’un vient vous voir chez vous, il faut que ce soit impeccable, et ça c’est très très très important pour eux. Et bien sûr, là-bas, tout le monde mange avec les mains aussi, donc tout le monde se lave les mains tout le temps. Et donc l’hygiène personnelle, l’hygiène domestique, est beaucoup plus importante je pense qu’en Europe ou dans le monde occidental, parce qu’à nouveau, là-bas, tout se salit très vite. Et donc, si on laisse passer deux ou trois jours, tout de suite c’est sale. Et ça, je pense qu’on ne voit pas ça à la télé. À la télé, on voit les images de la saleté dans les rues, des trains bondés, mais on ne se rend pas compte de comment est la vie, la vraie vie à l’intérieur, dans la maison, chez les familles.

Donc il y a énormément de différences comme ça, de choses dont on ne se rend pas compte. Je pense que la différence principale entre la France et l’Inde, c’est l’aspect religieux. En France, nous on est un pays laïque, même si la chrétienté est là de manière un peu culturelle, mais la religion chez nous, ça reste très tabou, on ne parle pas de Dieu, on ne parle pas de nos croyances. Alors que là-bas, en Inde, c’est quelque chose qui fait partie de chaque aspect de la vie.

Je n’aime pas trop utiliser le mot spiritualité, mais je ne veux pas non plus utiliser le mot religion, parce que là-bas, le fait de croire en Dieu, c’est quelque chose de culturel, c’est une évidence pour eux qu’il y a une intelligence suprême, qu’il y a quelque chose de plus grand que nous. Et ça se voit dans tous les gestes quotidiens, tous les jours. Et ce qui est très beau là-bas, c’est que chacun peut vivre sa relation avec cette intelligence, avec le divin, comme il le veut. Il y a plein de dieux différents, de sectes différentes, et même au sein d’une même famille, on voit plusieurs manières de vivre ce divin. Donc par exemple, au sein d’une même famille, il va y avoir des gens qui vont faire les rites et les prières et les rituels tous les jours, et d’autres personnes qui n’ont absolument aucun intérêt pour ça et qui font seulement les grandes occasions religieuses de l’année, comme Diwali, qui est l’équivalent de Noël, ou qui vont au temple de temps en temps, mais c’est tout. Et ça, j’ai beaucoup aimé cette variété et cette tolérance et cette liberté individuelle que chacun a de pouvoir vivre sa relation avec Dieu comme il le veut, sans jugement.

Si tu vas là-bas et que tu dis que toi tu crois en Jésus, ils vont te dire : « Mais c’est cool, il est comment, Jésus ? Raconte-moi, ça veut dire quoi ? Et comment ça t’influence, toi, dans ta vie quotidienne ? Et c’est quoi sa personnalité, à Jésus ? Qu’est-ce que ça veut dire ? » Et je pense que c’est pour ça que moi personnellement je suis devenue hindoue. Alors il n’y a rien à faire pour devenir hindoue, c’est juste avoir du respect pour ses aînés, du respect pour la nature, pour les animaux, pour les gens, et ne pas faire de mal aux vaches, bien sûr. J’ai fait toute une recherche sur l’hindouisme. Moi je suis fan de théologie, donc c’est quelque chose qui me parle, et c’est quelque chose que j’ai pu donc non seulement comprendre intellectuellement mais vivre aussi, moi personnellement. C’est pour ça que je suis devenue hindoue.

Et il y a une tolérance en général qu’on n’a pas dans nos pays : que tu sois chrétien, musulman, hindou, peu importe, tout le monde est le bienvenu, tout le monde fait ce qu’il veut, tout le temps. Et j’ai trouvé — même chez les gens qui ne sont pas du tout éduqués — j’ai trouvé une sagesse et une maturité que j’ai du mal à trouver ici.

Moi, il y a de tout là-bas en Inde, je veux pas généraliser, c’est un pays d’extrêmes, il y a absolument de tout : tous les comportements, toutes les personnalités. Tu peux faire 100 km en voiture, tu vas trouver des cultures différentes, des religions différentes, des gastronomies différentes, des faciès différents. Et c’est cette fertilité qui m’a plu. Elle peut être un peu fatigante parfois, mais c’est un pays très très riche.

La famille

Et enfin, je pense que aussi — là je ne veux pas dire la plus grande différence, mais une différence très très intense — c’est leur vision de la famille. La famille là-bas, pour eux, c’est tout, c’est l’unité familiale. Ils sont pas aussi individualistes que nous. Chez nous, quand on a 18 ou 20 ans, on part, on prend notre indépendance beaucoup plus jeune, on va s’installer dans un petit studio, on va prendre une coloc avec des gens de notre âge. Là-bas, tout le monde vit ensemble tout le temps. Et ça a du sens parce que ils sont très axés sur la réussite, sur comment faire évoluer leur famille pour obtenir une situation sociale et financière plus avantageuse. Donc forcément, si tout le monde part et doit payer chacun son loyer et ses courses, ça n’a pas de sens. Là-bas, quand on a assez d’argent dans la famille, on s’achète une voiture et c’est la voiture de la famille. Et pour nous, ça a une connotation parfois très négative quand les enfants profitent, entre guillemets, de l’argent de leurs parents. On va dire : « Oh bah tiens, il dépense l’argent de papa. » Là-bas, il n’y a pas du tout cette vision négative de ça. Bien sûr qu’il va dépenser l’argent de papa, c’est son argent, c’est l’argent de la famille.

Donc voilà, la famille, c’est vraiment tout pour eux. La famille est impliquée dans tout. Donc moi, ce qui m’a le plus dérangée, on va dire, c’est que quand tu dois prendre une décision, c’est pas toi seul qui décides, c’est la famille. Chaque projet, chaque envie est soumis à la décision de la famille. Donc il faut s’expliquer, il faut se justifier, il faut débattre. Moi j’ai toujours été très indépendante. Donc quand j’ai envie de faire un truc, je le fais, je me débrouille pour le faire moi-même, je compte sur moi-même. Là-bas, il y a tellement de dangers, d’obstacles, que forcément les parents sont très proches de leurs enfants, ils veulent leur apporter le plus grand soutien possible.

Donc moi je l’ai vécu négativement parce que c’était si différent de ma culture que ça m’a un petit peu choquée, ça m’a un petit peu lassée au bout d’un moment. Mais je comprends : c’est la famille, c’est l’unité familiale.

Et vous m’avez entendu mentionner déjà plusieurs fois les classes sociales. Alors, les classes sociales, on les voit partout, elles sont en France aussi. Quand on parle de castes, c’est très facile de dire : « Oh là là, mais ils sont très très stricts par rapport à ça, on ne peut pas évoluer entre castes, c’est presque raciste. » Mais en fait, pas du tout. Là-bas, tout est devant vous, tout le temps, on ne peut pas ignorer quoi que ce soit, on ne peut rien mettre sous le tapis. Les classes sociales, c’est quelque chose qui est toujours présent partout, dans toutes les sociétés. Mais la différence là-bas, c’est qu’il y a des liens entre les classes sociales parce qu’à nouveau, tout le monde vit ensemble. Donc si tu appartiens à la classe moyenne et que tu as ta femme de ménage et ta cuisinière qui vient tous les jours pour faire à manger, pour faire le ménage, il y a un vrai lien, il y a un contact quotidien entre classes sociales. Et quand la cuisinière a son fils, par exemple, qui se marie, toi tu vas participer, tu vas aller au mariage. Quand elle a un problème de santé, tu vas appeler le médecin, tu vas à nouveau lui donner de l’argent pour qu’elle puisse aller à l’hôpital. Il y a une vraie entraide. On n’essaye pas d’aplanir les choses, les choses elles sont là et on fait avec.

Voilà. Et puis après, c’est tout un groupe de coutumes qui, à nouveau, changent selon les régions. Et tout ça, moi j’ai fait quelques faux pas honnêtement, au début, parce que je ne savais pas toujours quoi faire dans toutes les situations. Par exemple, pendant la fête des fiançailles, la fête battait son plein, les musiciens jouaient de la musique, tout le monde dansait, buvait, mangeait, riait. Et la grand-mère, qui avait déjà bien 90 ans, elle était là au milieu, elle dansait, elle s’amusait. Et je la vois qui commence à sortir son porte-monnaie et elle commence à lancer des billets en l’air, à les jeter un peu partout, à les jeter au vent. Et moi je me suis dit : « Mais qu’est-ce qu’elle fait ? Est-ce qu’elle sait ce qu’elle fait ? Est-ce qu’elle est un peu dépassée par le bonheur de l’événement ? » Et donc forcément, je me suis dit : « Bah tiens, je vais ramasser les billets — pas pour les prendre pour moi-même, mais pour les mettre dans un lieu sûr et les lui rendre après. » Et là, ma belle-mère elle arrive, elle me dit : « Mais non, non, ces billets, cet argent, il est pour les gens du service : les musiciens, les cuisiniers, tout ça. » Et ça a dû leur faire très bizarre de voir une Française ramasser l’argent sur le sol, alors qu’en fait c’était l’argent destiné aux gens qui étaient venus aider à organiser la fête. Donc je me suis sentie un peu gênée sur le coup, mais après j’ai compris et on a bien ri. Et voilà, mais il y a des choses un peu folles, ça prendrait des heures à raconter.

Le retour en France

Et donc après cinq ans, voilà, le retour en France. Donc bien sûr, je m’y étais préparée psychologiquement. J’ai dû retrouver le bon petit caractère des Français qui, d’un côté, sont très sympas parce que tout le monde se dit bonjour dans la rue — ça, ça m’avait un petit peu manqué — tout le monde est très très souriant, tout ça. Après, ils ont un peu tendance à se plaindre, ils sont pas contents quand il pleut, ils sont pas contents quand ils sont coincés 20 minutes dans un embouteillage, ils sont pas contents. Ça, c’est une grande différence aussi. En Inde, la vie est très difficile, mais personne ne se plaint jamais. Ils sont très positifs, ils ne se concentrent que sur le positif, parce que s’ils devaient s’apitoyer sur eux-mêmes, voilà, ils passeraient leur vie à pleurer.

Mais je suis très contente d’être de retour en France, de retrouver le calme, la tranquillité, la proximité avec la nature. Parce que ça, les distances en Inde sont beaucoup plus grandes. Donc moi j’étais à côté de l’Himalaya, j’avais de la chance. Mais voilà, on te dit : « Oui, c’est pas loin », mais pas loin pour eux, ça veut dire 6 heures ou 8 heures de voiture. Donc tout est plus compliqué, tout est plus grand. Ici, on peut très facilement sortir de chez soi, trouver des petits chemins de campagne, des forêts. Et je pense qu’en fait, on ne se rend pas compte du luxe que c’est de vivre en France, du privilège que c’est d’avoir accès à ces moments de tranquillité, de beauté, d’avoir un climat clément, d’avoir un terrain abordable. Et oui, une douceur de vivre en général qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Moi, tout ça je ne l’ai trouvé nulle part ailleurs. J’ai beaucoup voyagé. Et c’est pour ça que les Indiens sont obsédés par le fait de gagner assez d’argent pour pouvoir venir visiter l’Europe. Parce que quand on vit là-bas, on se rend compte qu’avoir ces petits moments de douceur, c’est très très difficile.

Donc moi, ce que je suis très ravie de retrouver aussi — et ce qui me chagrine aussi dans notre côté — c’est que ici, l’expérience d’aller à la boucherie, c’est formidable. Mais moi, je suis devenue hindoue, ça fait 8 ans que je n’ai pas mangé de bœuf. Et ici, je vois sur l’étal de la boucherie des têtes de cochon, des côtes de bœuf, des steaks hachés. Donc bien sûr, je mange du porc et du poulet et tout ça. Mais c’est une expérience très très belle. Le boucher est souriant, il y a une bonne ambiance, tout est beau, il y a plein plein de types de viande différentes. En Inde, la moitié des gens sont végétariens et manger de la viande, c’est accepté, mais ça n’est pas quelque chose qui va être glorifié. Donc, et ça, mon père pourrait vous le confirmer : quand il est venu me voir en Inde, on est allé à la boucherie, on descend les escaliers, on entre dans un sous-sol et là, il y a trois mecs qui sont en train de couper de la viande presque dans le noir. Alors, ils savent très bien cuisiner la viande, pourtant. C’est souvent des plats en sauce, tout ça, mais ils ne savent pas bien la couper. Pour nous, en France, c’est très important de bien couper la viande. Mais oui, donc voilà, c’est quelque chose qui ne va pas être mis en avant, qui ne va pas être mis en évidence, on va dire.

Et ici, c’est très pittoresque et très agréable d’aller dans les petits marchés locaux, de trouver plein de produits — donc pas forcément de la viande, mais aussi des produits artisanaux, du miel, des saucissons, des fruits, des légumes. Et c’est vraiment très très agréable. Ce sont des produits qui sont faits à côté de chez vous, des produits de qualité. Et on parle un petit peu avec les vendeurs, avec les producteurs, c’est quelque chose de formidable que je n’ai pas retrouvé ailleurs. À nouveau.

Et donc voilà, c’était une expérience folle, intense, très enrichissante. C’est l’Inde. Pour moi, c’est une pièce du puzzle qui s’est rajoutée à ma vie, qui s’est imbriquée dans ma vie, et que je suis très heureuse de porter en moi dans ma vie française.

Voilà ! Donc j’espère que ça vous a intéressé. Je pourrais en parler pendant des heures et des heures, mais bon, je vais m’arrêter là. Merci de m’avoir écouté et retrouvez-nous sur TheFrenchCastle.com pour plus d’interviews, plus de podcasts et plus de langue française ! Merci encore, à bientôt !


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Pauline
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