Katy, chargée de mission pour un de rivières, raconte sa double vie entre la protection de l’eau et sa passion pour le chant au sein du groupe “Entre Nous”, où elles réinterprètent des chansons françaises en harmonie.
Elle partage comment la musique crée du lien, apaise et génère des souvenirs intenses lors de concerts intimes, et évoque leurs projets, répétitions et prochains rendez‑vous, notamment le festival des Orgues de Barbarie.
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Transcript — Interview de Katy
Pauline : Salut Katy, ça va ?
Katy : Salut Pauline, oui ça va très bien. Et toi ?
Pauline : Ça va très bien, merci. J’ai un peu chaud, mais ça va.
Katy : Oui, moi aussi. Moi aussi.
Pauline : Alors, est-ce que tu peux nous dire un petit peu qui tu es et ce que tu fais dans la vie ?
Katy : Je suis donc Katy. Dans la vie, je travaille pour les rivières. Donc dans un de rivières, le de rivières de l’Azergues, qui est la rivière qui passe en dessous, qui passe à Lucenay. Et mon travail, c’est d’essayer de les gens qui peuvent avoir un lien avec les rivières. Par exemple des pêcheurs, des agriculteurs, des entreprises qui utilisent l’eau de la rivière. Voilà, toutes sortes de gens qui travaillent en lien avec la rivière, les mettre autour de la table et avoir des discussions avec eux sur qu’est-ce que chacun fait et qu’est-ce que chacun peut faire pour améliorer l’état de la rivière ou garder la bonne qualité de la rivière pour les secteurs où il y a une bonne qualité. Et qu’est-ce qu’on peut ? Ou qui fait quoi pour l’avenir, le changement climatique, et contrer ou s’adapter aux effets qu’on voit déjà et qui vont s’amplifier à l’avenir ? Donc ça, c’est mon travail professionnel. C’est celui pour lequel je suis .
Et à côté de ça, je suis passionnée de musique. Je fais du piano depuis que je suis toute petite et je chante depuis quelques années. Et donc je fais de la musique en parallèle et j’adore ça. Et maintenant, j’essaye d’un peu équilibrer les deux pour être un petit peu , aussi professionnaliser, un petit peu aussi la partie musicale.
Pauline : D’accord. Et tu chantes toute seule ou dans ?
Katy : Je chante dans qui s’appelle Entre Nous. On est quatre filles. On est trois à faire des instruments de musique. Donc du piano, de la guitare, du ukulele et du cajon peruano — une petite caisse sur laquelle on tape dessus qui fait un peu de rythme. Et on chante toutes les quatre. On chante, on fait des harmonies. Donc on utilise plusieurs mélodies qui s’harmonisent entre elles pour faire des jolies chansons. Et on fait principalement de la de française. Donc on ne fait pas de création. C’est un peu difficile pour nous pour l’instant. On fait surtout de la de française qu’on réinterprète à notre manière, avec les instruments qu’on a déjà et les rythmes qui nous plaisent plus. Des interprétations qui nous ressemblent plus, nous, que l’ originale.
Pauline : D’accord. Et donc vous faites des concerts ?
Katy : On fait des concerts. Alors on est toutes originaires d’un petit village qui s’appelle Oingt, dans le Beaujolais. Et on fait des concerts plutôt dans cette zone-là. On a fait des concerts sur Lyon aussi, qui est la ville à côté. Et on a fait même des concerts sur Paris. Après on peut se déplacer à différents endroits. Et on peut faire aussi bien des concerts, par exemple, dans des bars où on va faire plus une animation. Les gens vont être à côté, boire un coup, manger et écouter de la musique un peu en fond. Mais on peut faire aussi dans des petits cafés-théâtre où on va plutôt interagir avec le public. Faire un concert ou un qui soit plus axé sur les émotions, faire rire le public, le faire pleurer à certains moments. Voilà, essayer de passer à travers plusieurs émotions. On peut faire aussi des spectacles un peu plus travaillés, presque où on va avoir des intermèdes, où on va plus discuter, parfois parler avec les spectateurs, parfois parler entre nous.
Et je crois qu’à chaque fois, dans chaque manière de nous , de faire des spectacles, des concerts ou quoi que ce soit, notre identité, c’est vraiment d’interagir avec le spectateur et d’être « entre nous », vraiment, d’avoir cette identité entre nous. On essaie de toujours inclure le spectateur dans notre et de lui poser des questions, de lui faire deviner la prochaine .
Pauline : D’accord, donc ce n’est pas la musique, c’est aussi ce lien avec le spectateur. Créer une ambiance, créer un petit monde, inviter les gens dans votre espace, en fait.
Katy : Ouais, c’est exactement ça, ouais. Et partager avec eux, en fait. La musique, c’est quelque chose de chouette quand on arrive déjà à y accéder, à la pratiquer, etc. Mais je crois que ce qu’on aime toutes, c’est surtout le partager avec les gens. Alors moi, j’aime particulièrement partager, c’est-à-dire avec elles, de pouvoir chanter en même temps. Moi, ça m’apporte un apaisement qui est vraiment incroyable.
Un exemple tout simple : quand on a joué notre concert au mois de mai, on a fait un qu’on a créé nous-mêmes. Donc c’est dur de le présenter aux gens, parce que c’est comme faire un bébé, en fait, et présenter un bébé aux gens. C’est quelque chose qui vient vraiment de l’intérieur, de notre , et on se demande : est-ce qu’ils vont aimer, nous on adore, on rigole et tout, mais est-ce que les gens vont capter, est-ce que ça va les faire rire, est-ce qu’on va passer pour des idiotes, ou qu’est-ce qu’il va se passer.
Et on a commencé le , et j’étais stressée, mais ça faisait longtemps que je n’avais pas été stressée. Et première , on chantait un peu séparément. La deuxième , c’était « Tous les garçons et les filles » de Françoise Hardy, il me semble. Et alors là, on a commencé à chanter en harmonie, donc à nos voix de manière harmonieuse. Et là tout de suite, ça m’a fait un effet de soulagement, mais direct, d’apaisement. Et dans ma tête, c’était : OK, on est ensemble, tout va bien se passer, tout va se passer merveilleusement, ce il va être génial.
Et je leur ai dit après, aux filles : je ne sais pas si on se rend compte de la chance qu’on a de pouvoir avoir ça, et de vraiment pouvoir partager cette musique ensemble. Et à chaque fois qu’on chante ensemble, après un week-end ensemble, après un , je ressens cet apaisement, et ça dure sur plusieurs jours — c’était vraiment un effet dans la durée, c’est impressionnant. Donc ça, c’est le premier truc que j’aime bien.
Et des fois, quand je fais de la musique toute seule, si c’est à une soirée ou quelque chose comme ça, je vais être moins à l’aise à chanter seule. Mais par contre, dès qu’il y a d’autres gens qui vont m’accompagner, alors là, je vais me sentir… tout de suite, tu sens le partage, tu sens la connexion avec les gens, et ça fait le même effet que quand on chante avec les trois autres filles. C’est comme si on ouvrait un monde parallèle un peu, et que… ouais, ça fait trop de bien.
Pauline : C’est pour ça que j’ai hâte de faire de la musique avec toi, et d’essayer de faire de la musique avec toi, ça serait vraiment chouette.
Katy : Oui, oui, oui, oui. Ouais, je crois que c’est la passion aussi de créer des bons moments, parce que c’est contagieux.
Pauline : Oui. Et tu vois ce que ça fait aux autres, j’imagine que tu as eu des retours des gens, par exemple pendant les premiers concerts où tu étais si stressée. Qu’est-ce que ça t’a fait de voir leurs réactions à eux ?
Katy : Eh bien c’est rassurant, c’est très très rassurant, et ça alimente un petit feu, en fait, c’est assez impressionnant. Par exemple, le où j’étais si stressée, là : je suis sortie, il y avait ma meilleure amie qui était là pour écouter le , et qui était à la sortie des loges. Et en fait, elle m’a sauté dans les bras, elle m’a dit « mais vous n’avez jamais fait un aussi bien, vraiment, c’était trop bien ». Et alors là, ça redonne confiance, et on se dit « OK, on n’est pas , et quand ça vient du cœur, déjà les gens le reçoivent et le partagent aussi ».
Et le lendemain, on a refait le même , et il y a des gens qui sont revenus pour le voir, et qui nous ont dit « mais c’est impressionnant, la différence ». Et déjà, la veille, c’était trop bien, mais alors ce jour-là, c’était fantastique. Et parce qu’on avait confiance, et les retours des gens l’ont confirmé, ils nous ont solidifié notre confiance, et on solidifiait le , et en fait, on n’avait plus peur, et on était … voilà ce qu’on a à vous offrir, et prenez-le, et puis après peut-être que vous n’y serez pas sensibles, mais visiblement, les gens, ils sont sensibles. Et ça, ça fait de bien.
Et après, en exemple, vraiment hors : j’ai voyagé en Colombie, j’ai fait un voyage l’année dernière, et j’ai fait une partie en Colombie. Et un soir, on s’est retrouvés dans une auberge de jeunesse, il y avait une grande tablée avec plein de gens qui mangeaient ensemble, et on a joué une — je ne me rappelle même plus laquelle c’était, mais une en espagnol qui est hyper courante là-bas. Et en fait, je commence à la jouer avec une amie aussi, on était toutes les deux à la jouer au ukulele, à la chanter. Et en fait, autour de la table, il y en a plusieurs qui se sont mis à chanter. Il faut savoir que là-bas, la musique, c’est quelque chose qui partage vraiment très fort, ils n’ont aucune pudeur là-dessus, ils se mettent tous à chanter — j’en ai d’en parler, mais…
Ils se mettent tous à chanter et à partager le moment, et ils ont une sorte d’intensité quand ils vivent les moments là-bas. Donc quand ils se mettent à chanter, en fait, tous se mettent « en connexion » — je saurais même pas l’expliquer, il faut le vivre pour le voir. Et en fait, on a chanté cette , et tout le monde chantait autour de la table, et ça tapait dans les mains. Et une , ça dure quoi ? Ça dure deux minutes, mais dans ma tête, ça a duré un an. C’était… un an, j’exagère un peu, mais ça a duré une heure, et puis ça a eu un effet très très long. C’est ça qui est marrant : c’est une chose si simple, mais si puissante à la fois, et qui crée des souvenirs que tu gardes, je pense, toute ta vie.
Ben là, je pense que c’est un des souvenirs les plus forts que j’ai de ce voyage, et c’était un voyage d’un an et demi, et franchement, ça fait partie des instants les plus profonds que j’ai vécus, parce que ce n’est pas toujours facile de partager du temps avec les gens, et de partager de vrais moments de vie. En voyage, on bouge beaucoup, tu es à un endroit, le lendemain, tu es à un autre, etc. Et la musique, c’est vraiment quelque chose qui permet à chaque fois de se connecter… j’allais dire « se connecter vite », mais ce n’est pas ce qui compte, ce n’est pas la vitesse qui compte, mais de se connecter profondément avec les gens, et de vraiment partager un truc intense avec eux. Et en peu de temps, il n’y a pas besoin de connaître les gens, en fait.
Pauline : Ouais, peu importe la langue, peu importe l’origine des gens, c’est vraiment un truc très fort qui…
Katy : Ouais, carrément. Là, autour de la table, il y avait des Colombiens et des Français, il y avait de tout, peut-être des Allemands, il y avait vraiment tous les pays, et pourtant tout le monde était là et tout le monde avait vécu la même chose.
Pauline : Ouais. Ça passe tout, ouais. Et donc, vous devez super souvent pour créer tout ce contenu, les chansons, les spectacles.
Katy : Eh ben ça dépend. Je pense que pendant longtemps, on ne répétait pas tant de fois que ça. Au début, on a dû se créer une sorte de catalogue de chansons, un répertoire — on appelle ça un répertoire, tout à fait. Et après, c’était à entretenir, à faire évoluer un petit peu, apporter une nouvelle . Et parfois, on se voyait à deux d’entre nous, on travaillait de notre côté, et on proposait une , puis on l’améliorait un petit peu au cours de la répète suivante. Mais on se voyait peut-être une fois, deux fois pour un concert, en fait. Et vu qu’on faisait à peu près un concert par mois, on se voyait moins d’une fois par semaine. Des fois, c’était même encore plus espacé que ça, on pouvait faire un ou un concert tous les trois mois, et si on avait déjà notre qui était rodé, une répète pour le retravailler un petit peu, et éventuellement ajouter une . Finalement, ça ne prenait vraiment pas beaucoup de temps, surtout qu’avec le temps, on arrive à bien se comprendre, et on travaille plus efficacement ensemble, dans le sens où on sait ce que chacune est capable de faire, et on se complète très bien. On arrive à travailler beaucoup plus vite les chansons, on pratique beaucoup mieux avant. On avait une qui était spécialisée dans les harmonies, une autre plus spécialisée dans l’accompagnement, et maintenant on a appris à mixer les compétences. Donc assez facilement, si l’une trouve la ligne de mélodie de base, l’autre arrive à trouver la ligne au-dessus, et une autre la ligne en dessous, et on arrive hyper rapidement à faire trois lignes de mélodie qui vont bien ensemble.
Donc ouais, avec le temps, je pense qu’on a besoin de moins de temps. Maintenant, combien de temps il nous faut pour faire… c’est difficile à dire, parce qu’en plus, on aime bien faire des nouvelles chansons maintenant, plus qu’avant je pense, et donc ça nous fait plus de travail aussi. Donc en fait, ça se complète, et je pense qu’on reste à peu près à… là, on était à une répète par semaine, quand même, parce qu’on avait un peu plus de spectacles. Cette année, en tout cas, une répète par semaine.
Pauline : Et ça fait combien de temps que vous êtes dans ce groupe ?
Katy : C’est depuis 2018, donc ça fait 8 ans. Et on a déjà sorti deux CD. Le premier, c’est un CD qu’on a enregistré dans une chambre, dans la maison de l’une d’entre nous, avec vraiment du matériel un peu rudimentaire. C’était du bon matos, parce qu’on a quand même réussi à faire un enregistrement de CD, mais c’était bien loin des conditions de studio — on en parlait, des chambres un peu capitonnées pour absorber le bruit, alors qu’on était dans une chambre de maison, donc on était bien loin de ça. Et puis, avant de commencer, c’était silence dans la maison, on ! Donc, en silence, et là, on commence à . Ça, c’était notre premier album, enregistré comme ça.
Et on en a fait un deuxième après, où on a voulu passer par un studio pour avoir une vraie expérience, un travail plus , etc. Et là, c’était chez un ami qui avait un studio, et l’expérience était complètement différente, mais trop intéressante. Et on a plus travaillé la pochette aussi, qu’on a fait faire par une artiste du village d’Oingt, d’où on vient. Donc peut-être qu’un jour, un troisième album avec des compositions, peut-être, j’aimerais bien. Mais pas pour l’instant.
Pauline : D’accord, d’accord, d’accord. Wow, c’est cool ! Et donc, je suppose que vous êtes aussi sur toutes les plateformes, Spotify. Et comment ça marche quand vous faites des reprises de chansons ?

Katy : Ouais, on met sur Spotify, sur Deezer… En fait, on passe par une sorte de , de compte qui globalise tout, et on met nos musiques dessus, et ça les renvoie sur toutes les plateformes. Je ne sais même plus comment ça s’appelle, cette plateforme. Mais ça nous permet de mettre les chansons sur Deezer, Spotify, YouTube Music, plein d’autres… peut-être SoundCloud aussi, je ne sais pas trop. Et c’est la plateforme qui gère directement les droits d’auteur, il me semble — ou alors on les paie avant. On les a déjà payés quand on a imprimé le CD. Là, on est obligés de payer les droits d’auteur. Il y a une partie qui est la confection du CD, et l’autre partie, ce sont les droits d’auteur, qui nous sont accordés si on ne modifie pas les paroles, s’il y a un certain nombre de critères respectés. Et ensuite, sur les plateformes, il me semble que c’est directement prélevé à chaque écoute, en fait, et directement à l’auteur de la .
Pauline : OK. Est-ce que tu voulais être quand tu étais petite ?
Katy : Ah, c’est une bonne question, je me l’étais posée aussi. Je ne sais pas du tout, je ne me rappelle plus ce que je voulais être quand j’étais petite. Mais en tout cas, j’ai toujours chanté. J’ai toujours chanté, mais jamais trop en public. Je pense que mes premiers souvenirs où je chantais, c’était à l’arrière du vélo de mon papa, quand il m’emmenait faire du VTT, avec le siège derrière le vélo. Et moi, j’étais derrière, et je profitais de la vue, parce que quand tu es trop petite pour pédaler, tu te fais promener. C’est très bien. Et par contre, je chantais tout du long, et je me rappelle que mon papa m’appelait « la radio », parce que vraiment, je ne m’arrêtais pas de chanter tout le long.
Et après, le vélo est devenu une passion. Le chant aussi, mais je chantais vraiment toute seule, pour moi. Et j’ai grandi, et je pense que l’adolescence, c’est une période un peu difficile, où on se perd un peu de vue, où il se passe trop de choses, il y a trop de changements. Et je pense que cette période-là est déjà difficile à vivre. Et moi, comme beaucoup de personnes, elle m’a renfermée. C’était compliqué de parler avec les autres, alors chanter… jamais je n’aurais imaginé que je chanterais devant un public.
Et pendant cette période, j’ai fait un peu de théâtre, et ça a déjà commencé à m’ouvrir un peu. Ça m’a ouverte un peu plus aux autres, parce que c’était possible d’aborder les autres, presque en faisant du théâtre, finalement — en jouant un rôle, et après, tu arrives à aborder les autres. Et donc, après, c’est plus facile. Tu peux enlever la carapace et être toi. Tu es protégée par le personnage, d’abord.
Donc ça a commencé un peu avec ça. J’ai toujours continué la musique, depuis toute petite. Je faisais des concerts aussi, mais que du piano, qu’instrumentaux. Et ensuite, un jour, c’était quand j’avais 20 ans — ouais, 2018 — donc j’avais même 22 ans, où je me suis dit… J’ai rencontré Fanny, qui est une des filles du cours de chant. Et je me suis dit : « Elle chante dans l’, elle va proposer des cours de chant, peut-être que ça serait l’occasion de commencer à chanter ». Et j’ai demandé pour Noël qu’on m’offre des cours de chant. Et mes parents m’ont offert, je ne sais plus, peut-être quatre cours de chant. J’ai commencé comme ça, puis j’ai continué un petit peu, et j’ai eu un grand plaisir à chanter avec elle. Et puis après, on a monté un avec d’autres élèves à elle. Et c’est comme ça qu’on a formé le groupe Entre Nous.
Mais avant, j’adorais chanter. Je chantais tout le temps, dans la voiture. Quand on partait en voyage, on mettait un CD. Les CD, je les connaissais tous par cœur, parce que je les chantais en boucle, en boucle, en boucle. Et j’adorais ça, mais jamais pour chanter devant un public. Et pourtant, on m’avait dit : « non mais tu chantes bien ». Mais je ne sais pas, je n’ai jamais osé. Il y avait besoin de ce petit déclic, qu’on me dise : c’est chouette en fait, tu peux chanter, tu as une belle voix — et ça donne un petit peu confiance. Et voilà, après, c’est parti.
Pauline : Ça a dû changer quelque chose dans ta vie, aussi, de pouvoir affronter ça — en fait, être toi-même et chanter. En plus, on en parlait l’autre jour : écouter sa propre voix et la faire écouter par les autres, ce n’est quand même pas facile.
Katy : C’est dur, ce n’est pas facile. Il y a ça : réussir à s’écouter, réussir à chanter devant les autres.
Pauline : Oui, ce n’est pas facile.
Katy : Et en même temps, quand tu y arrives, c’est fabuleux, parce que ça te donne une confiance assez phénoménale. Et c’est superbe. Et moi, j’ai vraiment envie d’encourager tout le monde à le faire, parce que c’est un outil d’ouverture de soi et d’épanouissement — d’éclosion, vraiment. Moi, ça m’a vraiment aidée à m’ouvrir aux autres, à avoir confiance, à ne pas avoir peur d’aller parler à des gens que je ne connais pas. Parce qu’une fois qu’on a chanté devant une entière ou devant une salle de concert — non, on n’a pas fait de salles de concert immenses non plus, mais même devant 40 personnes, des gens qu’on ne connaît pas forcément, ou en chantant à Paris, où on se disait « waouh, le public de Paris, il est très exigeant » — et de pouvoir chanter devant eux et d’avoir ensuite des retours du genre « waouh, c’est super, mais , c’est génial ce que vous faites, vous avez de très belles voix » — les gens sont très reconnaissants aussi quand ils entendent de la musique et que ça les touche. Et ça, ça donne de force, ça donne envie de continuer et de aux gens. Et quand on trouve comment aux gens, ça donne envie de continuer à le faire.
Pauline : Tu t’imaginerais jouer ou chanter devant un stade de milliers de personnes, 10 000 personnes ?
Katy : Jamais de la vie. Jamais de la vie. Oh non, je ne peux pas m’imaginer faire ça, et en plus j’aime trop chanter en petit comité, parce que c’est là que tu vois les étincelles dans les yeux des gens. Tu vois, quand on chante à l’ d’Oingt, par exemple, pour les orgues, pour les crèches, tu vois des gens qui pleurent quand tu fais une . Même là, ça me donne envie de pleurer, rien que d’en parler. C’est incroyable d’avoir cette sensation-là. Et ça, dans une salle, dans un stade, tu ne le vois pas. Tu vois le premier rang, mais tu ne vois pas derrière, en fait. Donc oui, après, tu peux avoir plein de retours sur les réseaux, mais ça, ça n’a rien à voir. Dans une petite salle, les gens sont plus proches aussi, et ils osent plus venir te dire les choses en face.
Et je revois souvent des enfants qui viennent me voir à la fin, qui regardent le bout de leurs pieds en se tortillant, et qui disent « t’as une trop belle voix » ou « tu chantes trop bien ». Et ça, ça reste gravé là-dedans, pour toujours. Et puis il y a des gens qui ferment les yeux pendant le , et tu te dis « oh là là, lui, il dort, il s’en fiche ». Mais à la fin, il vient te voir et te dit « mais j’ai revécu des choses de mon enfance que je n’avais pas vécues depuis des années ».
Ça libère un truc dingue. Tu ne peux pas t’arrêter, en sachant que tu fais vivre ça aux gens. Donc non, si on ne fait pas de Zénith aujourd’hui, c’est parce qu’on ne le veut pas — on a refusé, d’ailleurs. Et puis il faut être pro, quand même, ce n’est pas la même chose, ce n’est pas au même niveau.
Pauline : Et donc, vous avez des artistes préférés en commun dans le groupe ? Parfois il doit y avoir des désaccords aussi sur les chansons que vous voulez .
Katy : Oui, il y a des désaccords. Il y a des artistes qu’on a en commun : Ben Mazué, notre amour de toujours. Pomme aussi, qu’on adore, qu’on écoute en boucle, on reprend plein de ses chansons. C’est difficile parce qu’on adore leurs chansons, on a envie de toutes les . Mais dans un , on essaye quand même de varier un peu, parce qu’on n’est pas du genre à que des chansons d’un même artiste.
Pauline : Ouais, voilà, des sosies vocaux.
Katy : C’est ça. En plus, en fait, on n’a pas cette capacité-là, nous, on réinterprète à chaque fois. Et on veut vraiment les styles, les époques, pour toucher un peu tout le public. Donc oui, par contre, on se reconnaît sur certains groupes : il y a MPL en ce moment, qu’on aime beaucoup [ndlr : nom d’artiste à vérifier à l’écoute]. Les Coquettes aussi — c’était un trio de 3 filles, maintenant je crois qu’elles sont en duo. On aime un peu le même style musical, en général. Mais on ne peut pas tout .
Et on a chacune notre identité vocale. Fanny, elle est capable de faire presque du lyrique, des fois, sur certaines chansons. Amandine a une voix un peu plus jazzy. Moi, je ne sais pas trop, peut-être un peu plus grave, un peu jazzy aussi. Colline a une voix un peu plus enfantine. Il y a des chansons qui lui vont hyper bien, je pense à « J’envoie valser » de Zazie — elle lui va super bien, cette . Fanny reprend « Carmen » de Stromae, elle lui va super bien aussi.
Chacune, on a un peu nos identités comme ça. Et en même temps, si moi, tu me fais « Carmen » de Stromae, ça va rendre un truc qui n’a rien à voir. Ce sera peut-être chouette, mais tu n’auras pas l’effet « wow ». Donc on ne peut pas toutes les chansons. Il y a des chansons qu’on adore, qu’on aimerait trop , et ça ne rend rien du tout. Et des chansons dont on se dit « pourquoi pas », et on essaye, et ça rend super bien. Ça dépend de nos voix, de ce qu’elles font ressortir, de ce qu’elles touchent à l’intérieur. Ça dépend de plein de choses, mais on n’est pas capables de les mêmes chansons, par contre.
Pauline : Oui, c’est drôle. Et à quoi ressemble l’avenir pour Entre Nous, l’avenir proche ?
Katy : L’avenir proche… je ne sais pas. En tout cas, moi, j’aimerais bien qu’il ressemble à… On a toujours un peu évolué dans le groupe, on a apporté des nouvelles choses à chaque fois. Et là, je crois qu’une des choses que j’aimerais apporter, c’est la création. J’aimerais vraiment qu’on réussisse à faire des compositions. Mais c’est dur, parce que — tu vois, c’est comme la création de spectacles. Je pense que la dernière étape qu’on a franchie, c’était de créer un : chacune avait une partie du , et chacune a créé son univers. Et là, maintenant, ce serait de réussir à le faire directement dans les chansons, et pas seulement dans la mise en scène du .
Et ça, ce n’est pas facile, parce qu’on avait déjà essayé. Il faut penser au côté musique, mais aussi au côté paroles : qu’est-ce qu’on veut dire, comment on veut le dire, qui va chanter quoi, est-ce qu’on le fait à quatre ou à une seule, quelles instrus on met. Et le faire à quatre, c’est dur : il faut trouver les sonorités qui iraient, il faut trouver quelles paroles iraient à qui. C’est vraiment pas facile. Et puis, est-ce qu’on crée à quatre, à deux, à trois, ou seule et on partage après ? Est-ce que l’une fait la partie instru et l’autre les paroles ? C’est très, très compliqué. On a créé une avec Colline sur Lyon, mais pour rigoler, sur la ville de Lyon. Et en fait, ça rend bien — mais ce n’est pas une qu’on peut faire en , parce que c’est une drôle, pas toujours bien calée. Pour l’instant, c’est le seul truc qu’on a réussi à sortir vraiment comme une aboutie, de début à la fin, avec une intro et une conclusion — mais qui n’est pas présentable à un public.
Pauline : Et tu donnes des cours de musique ?
Katy : Ah oui, ouais. Ça, c’est aussi une évolution que je veux donner, mais plus sur le côté perso : donner des cours d’accompagnement, instrument, chant, pour apporter justement ce truc de partage de la musique — oser partager avec les autres ce qu’on est capable de faire chez soi. Et ce qui m’a apporté tellement, à moi, de réussir à chanter devant des gens pour partager ça — ça tellement l’âme que j’aimerais vraiment pouvoir le donner aux autres, les aider à toucher ça.
Et donc j’ai décidé de donner des cours de musique. J’en avais déjà donné à une amie, Julie, qui était persuadée qu’elle ne pouvait pas chanter. Elle avait acheté un ukulele pour commencer à essayer quand même de faire de la musique. On s’était rencontrées en voyage, et je lui avais dit : mais tu peux, en fait, peu importe — regarde, tu crois que lui, là, le musicien mexicain, il chante ? Non, et on s’en fout, parce que quand il commence à jouer, tout le monde chante avec lui, finalement on ne l’entend même plus.
Et on y a travaillé, enfin « travaillé », entre gros guillemets, parce qu’en fait on le faisait par plaisir, mais je lui montrais quelques accords. Au début, elle faisait que jouer, et moi je chantais par-dessus. Puis elle chantait quand c’était moi qui jouais. Et petit à petit, elle a appris plusieurs morceaux, et elle s’entraînait de son côté. Et quand on est rentrées en France toutes les deux, j’ai vu l’évolution : elle est capable de chanter, et elle chante , en fait. Elle avait besoin de quelqu’un pour lui dire « tu peux chanter , tu sais le faire » — et pour contrer tout ce qu’elle avait pu entendre avant, où on lui disait « toi, de toute façon, tu chantes , tu chantes comme une casserole, la musique n’est pas faite pour toi ».
Et pour casser ce truc-là et redonner confiance aux gens : allez-y, chantez, tout le monde en est capable. Et même si c’est , on s’en fiche, on n’est pas là pour se comparer. En fait, pour chanter un jour, il faut chanter , un jour aussi. J’avais fait une formation de chant où la prof disait : aujourd’hui, pendant la formation, on va chanter , on va faire des sons qui sont moches, qui ne ressemblent à rien — parce qu’en fait, pour savoir comment fonctionne la voix, il faut la tester, il faut l’essayer. On ne peut pas jouer de la guitare et qu’elle sonne tout de suite, il faut l’accorder d’abord. Et quand tu l’accordes, elle est fausse au début, jusqu’à ce que tu arrives à bien l’accorder — et là, elle sonne . La voix, c’est pareil. Au début, on fait des sons qui sonnent trop . Et parfois, quand tu arrives à caser ces petits sons-là dans une , au bon moment, ça sonne hyper bien. Et si tu le modules un peu, ça devient hyper mélodieux. Tout ça, ce sont des questions d’affinage — mais le point de départ, c’est déjà d’oser, et de prendre confiance pour réussir à sortir sa voix et s’entendre une première fois.
J’ai vraiment envie d’attaquer les cours, ça commence en septembre. J’ai déjà commencé avec une dame, et avec mon amie Julie. Et c’est génial de voir les personnes qui prennent les cours réussir à faire un premier morceau, et de voir : « oh, j’y arrive, en fait, je peux le faire ! »
Et Julie, quand je lui ai demandé ce que ça lui apporte, la musique, maintenant — parce qu’avant, elle vivait sans musique, sans ukulele et sans chant — elle m’a dit : ça m’apporte énormément, parce que quand je n’ai pas les mots pour parler, je fais de la musique et ça va mieux. Ça libère plein de choses. Elle me dit que ne rien faire toute seule chez elle, ça lui pèse — alors que ne rien faire avec son ukulele, ça change tout, ça rend le quotidien beaucoup plus léger.
Et moi, je le ressens pareil, quand ça ne va pas, quand les mots ne suffisent plus. Je pense que tout le monde le ressent déjà quand on écoute de la musique. Des fois, on est triste, on a besoin d’écouter des musiques déprimantes — à l’adolescence, on écoutait tous des chansons du style Fauve. Mon époque au lycée, c’était Fauve. Tu réécoutes les paroles maintenant, tu te dis « on était tous ». On écoutait aussi Avril Lavigne, et c’était terriblement triste, quand même. Mais ça faisait du bien, en fait, on a besoin d’évacuer ça.
Et je pense qu’on le vit à travers l’écoute de la musique, et ça peut être encore plus puissant quand on la pratique, quand on chante, quand le corps est mobilisé pour extraire ce qu’il y a à l’intérieur et qui n’arrive pas à sortir par la parole seule. C’est comme une flèche qu’on tire directement dans le cœur. Ce n’est pas vraiment la vitesse du rapport avec les gens qui compte, mais plutôt la profondeur, l’intensité, l’accès direct au cœur de chacun.
Pauline : Et en fait, on est tous les mêmes.
Katy : Exactement. On a tous les mêmes émotions.
Pauline : Ouais.
Katy : Et chez certains, la carapace est plus dure, pour que touche le cœur. Et après, il suffit qu’ils trouvent la bonne musique, et tu vas les voir pleurer.
Pauline : Carrément, ouais. Ah ouais, oui, oui. J’en ai vu en concert avec les larmes aux yeux.
Katy : Clairement. Tu ne t’attends pas à voir quelqu’un pleurer en écoutant, je ne sais pas, Charles Trenet. Et pourtant, il suffit que ça touche la petite faille de la carapace, et c’est gagné. Ça peut être une voix, ou une qui rappelle un souvenir. Ce truc d’avoir un souvenir qui ressurgit, presque violemment, on peut tous l’éprouver. Et parfois ce n’est pas forcément agréable, c’est même très difficile à vivre. Mais dans le cadre de la musique, c’est comme si le souvenir ressurgissait dans un cocon tout doux qui t’accompagne à le vivre.
Pauline : Ouais, ouais, ouais. Ça, c’est magique.
Katy : C’est marrant que tu parles de souvenirs, parce que je me souviens avoir vu une vidéo d’une femme atteinte d’Alzheimer. Son fils, ou petit-fils, lui avait mis de la musique de son époque à elle. Et tout d’un coup, cette femme est revenue à la surface — elle pouvait parler, elle était heureuse, son visage s’est transformé, et elle existait encore, dans ce souvenir. C’est fabuleux, ça. Le pouvoir de la musique est incroyable.
Pauline : Ouais, ouais.
Katy : Je pense que c’est vraiment magique, et qu’on n’imagine pas que ça peut avoir. Il y a une — j’ai oublié qui — qui a écrit une là-dessus, justement, qui s’appelle « Tête de linotte ». En gros : tu oublies tout, tu oublies même comment mettre la table, comment te servir d’un ordinateur — mais il y a une chose que tu n’oublieras jamais, c’est au moins une . Et cette -là te fera toujours revenir à la surface. Ce n’est pas exactement dit comme ça dans la , mais c’est l’idée : on est capable de tout oublier, mais parfois, avec une mélodie, ça fait réémerger beaucoup de choses, et je trouve ça fou.
Alors maintenant, on peut tous se demander quelle serait cette pour nous.
Pauline : Ah ouais. Toi, ce serait quoi ?
Katy : C’est une très bonne question, je n’en ai aucune idée, même pour moi. Il y a les chansons que j’adore et que j’écoute énormément, mais ce n’est pas forcément la qui me ferait revenir à la surface. C’est peut-être un truc que j’ai écouté quand j’étais petite.
Pauline : Ouais, je pensais plutôt à ça.
Katy : Je ne l’écouterais plus vraiment aujourd’hui. Ça se trouve, ce serait du Linkin Park.
Pauline : Ouais.
Katy : Avril Lavigne. Ou Fauve.
Pauline : Ou du Céline Dion !
Katy : Oh, terrible. Mais peut-être, oui, oui. L’autre jour, j’ai écouté une que je n’avais pas écoutée depuis des — bon, pas trop, j’ai 30 ans, donc ça ne peut pas être 40 non plus — mais ça faisait vraiment longtemps, et je la connaissais par cœur. Et je me suis dit : wow, ça fait combien de temps que je ne l’ai pas entendue, et je suis capable de la chanter. Bon, des fois c’est un peu approximatif, mais voilà, j’ai gardé ça en mémoire.
Impressionnant. Je ne saurais pas dire laquelle exactement, mais peut-être que, très vieille, ce serait une que je suis en train de chanter en ce moment avec le groupe. Ça pourrait être « Feeling Good », une qui me marque beaucoup, qui me fait un effet vraiment profond quand je la chante — je la chante souvent avec Fanny, et chaque fois qu’on la chante, je sens cette connexion vraiment très forte.
Ça pourrait être elle, ou ça pourrait être « Les gens qui doutent », que je chante avec Amandine — une aussi très très puissante, qui nous lie en plus par des souvenirs de son vécu à elle. À chaque fois que je la chante avec Amandine, je sens un truc très fort à l’intérieur — les larmes qui sont là, une émotion très forte, une intensité dans . Son regard, je ne l’oublierai jamais. qu’on partage quand on chante cette , c’est la même intensité à chaque fois. Je pense que ce sont des choses qui marquent vraiment à vie. Peut-être que ce serait ces deux chansons-là — si je les réécoute à 97 ans, peut-être qu’elles me feraient les larmes aux yeux.
Pauline : Oui. On le fait déjà, là, tu vois. Donc… peut-être que c’est le moment d’arrêter l’interview, du coup.
Katy : Oui.
Pauline : Oui, oui.
Katy : Bon, très bien.
Pauline : Merci, Katy. Vous avez peut-être un petit concert de prévu bientôt ?
Katy : Oui, on joue au Festival des Orgues de Barbarie, le premier week-end de septembre — le 5 et 6 septembre, à Oingt. On sera dans l’ avec le groupe Entre Nous, et on fait des concerts tous les après-midi, samedi et dimanche. Et on y va avec plaisir, pour retrouver tes auditeurs.
Pauline : Avec plaisir. Merci beaucoup.
Katy : Merci beaucoup. Merci beaucoup.
Pauline : Merci à toi.
Katy : C’est trop bien.