Maéva a 27 ans et elle vit dans un vieux camion des années 80 qui s’appelle Romu.
Dans cette interview, on parle de la vraie vie en van : la liberté, les pannes mécaniques, une tempête sur la côte atlantique, le travail saisonnier et oui, les toilettes dans la nature avec une pelle.
Pas de filtre, pas de glamour — juste du français authentique et une rencontre inspirante.
Version youtube avec aides au vocabulaire
Transcription : Romu, mon camion, ma maison, ma liberté
Interview avec Maéva — The French Castle
Maéva : Je m’appelle Maéva.
Pauline : Et tu as quel âge Maéva ?
Maéva : J’ai 27 ans.
Pauline : Et c’est qui Romu ?
Maéva : Romu c’est le camion dans lequel je vis.
Pauline : Tu vis dans un camion ? Comment ça se fait ?
Maéva : Ben l’année dernière, je suis partie voyager et j’ai décidé de vivre dans mon véhicule.
Pauline : Et pourquoi ? Pourquoi pas voyager, prendre le train, prendre un hôtel, un airbnb et voyager de manière plus traditionnelle ?
Maéva : Ben parce que ça me permet d’être plus libre dans mes déplacements et dans ce que j’ai envie de faire.
Pauline : Et donc ça fait combien de temps tu as dit ? Un an ?
Maéva : Oui.
Pauline : Et alors ? C’est comment ?
Maéva : C’est très amusant, parfois c’est un peu stressant et l’hiver il fait très froid et l’été il fait très chaud. Donc ça, ça cause un peu de stress quand même. Il faut être capable de s’adapter.
Pauline : Qu’est-ce qui est le plus stressant de la vie en van ?
Maéva : C’est plus les problèmes liés à la mécanique de la voiture. Parce que vu que c’est ta maison, si tu as un problème au niveau de la mécanique, ben ta maison, tu peux plus la bouger quoi.
Pauline : Et tu as eu beaucoup de problèmes mécaniques ?
Maéva : Oui. Parce que c’est un vieux camion, des années 80. Donc j’ai eu plusieurs problèmes mais ça va, il roule toujours.
Pauline : Tu t’es débrouillée en fait ?
Maéva : Oui. Peut-être que ça fait partie du charme aussi que tu apprennes à te débrouiller dans n’importe quelle situation ?
Pauline : Mais ça doit être chiant parfois quand même.
Maéva : Oui mais je suis partie avec mon compagnon. J’étais pas toute seule alors j’avais de l’aide et un soutien avec moi.
Pauline : Et vous viviez à deux dans un camion ? Et alors la cohabitation, c’était pas trop difficile ?
Maéva : Non ben on est toujours ensemble. On a appris à bien communiquer et à s’adapter aussi. Voilà, pas le choix.
Pauline : Ça vous a rapprochés même ?
Maéva : Oui dans tous les sens du terme. Parce qu’on vivait très proches.
Pauline : Mais il y a des moments où tu sentais que tu avais envie d’espace un petit peu quand même ?

Maéva : Oui. Mais surtout les jours où il se met à pleuvoir, c’est difficile parce qu’on est obligé de rester dans le camion pour pas être mouillé et les journées sont longues. Il faut trouver des activités qui nous stimulent. Des hobbies. Parce qu’on peut vite s’ennuyer sinon.
Pauline : En parlant de nature, il y a des toilettes dans le van ?
Maéva : Alors il y en avait quand je l’ai acheté mais je les ai retirées parce que je trouve que c’est pas très hygiénique d’avoir des toilettes dans sa cuisine. Donc je vais dans la nature. Avec ma pelle.
Pauline : Bon excusez-moi pour ce détail. Non mais c’est bien, on veut connaître la vraie vie en van. On peut penser parfois que c’est très glamour.
Maéva : Non c’est pas glamour. En fait ça dépend du véhicule. Il y a des personnes qui vivent dans des vans qui ont des salles de bain, qui ont une douche à l’intérieur, qui ont même une télé, qui vont avoir un lit grand, confortable. Ça dépend. Moi, c’est pas le meilleur du confort mais ça me convient.
Pauline : Mais c’est ta bulle en fait. Et comment ça marche ? Est-ce que tu peux te garer où tu veux ?
Maéva : Non alors ça peut être quelque chose de stressant parce qu’il y a beaucoup d’interdictions. Et il faut faire attention aux endroits où tu te gares parce que parfois tu peux te garer chez des gens, tu t’en rends pas compte. Ou tu peux te garer à des endroits où il va y avoir beaucoup de passage. Il faut le sentir, il faut se connecter à son intuition. Et il y a beaucoup d’applications qui existent aussi.
Pauline : Il y a eu un moment où tu t’es dit « ah ouais c’est cool, j’ai vraiment pris la bonne décision » ?
Maéva : Ouais je me dis ça très souvent, presque tous les jours. Bon il y a des jours j’en ai marre. Mais si je vivais dans un appartement ça m’arriverait aussi je pense. Mais non je suis alignée.
Pauline : Donc vous avez fait plein de voyages, ça a dû être génial d’être totalement autonome ?
Maéva : Oui c’était très cool. En fait c’est un mode de vie qui est parfait pour se rapprocher de la nature. Mais pour visiter des grandes villes c’est moins agréable de vivre dans son camion parce que déjà tu peux pas te garer dans les centres villes. Ou si tu le fais il y a énormément de bruit, il y a beaucoup de mouvements, les gens font la fête. Et puis pour aller aux toilettes en ville c’est pas évident non plus. Enfin c’est plein de détails auxquels on ne prête pas attention quand on vit dans des appartements. Même l’accès à l’eau parfois c’est pas évident. Mais ça t’apprend à gérer tes ressources. Tu sais ce dont tu as besoin après dans ta vie. Tu sais la quantité d’eau que tu utilises, la quantité d’électricité que tu utilises, la nourriture, l’essence.
Pauline : Et vous avez eu aussi j’imagine des galères. Tu peux nous en raconter une ?
Maéva : Je pense que la plus grosse galère qu’on a eu c’est au mois de février en France — il y a une tempête qui a ravagé le pays entre guillemets. Et nous à ce moment-là on était sur la côte atlantique. Donc c’est un peu le pire endroit au pire moment. Et on s’est garés sur un parking où il y avait des arbres à côté. Et en fait on a dû partir au milieu de la nuit parce que des branches tombaient sur le camion. Et donc on a pris la route pour se garer sur un endroit dégagé. Mais sur la route il y avait des arbres qui tombaient, des branches qui tombaient donc c’était très dangereux en fait. Là on a eu un peu peur quoi. Et puis ensuite on a trouvé un parking qui était très dégagé mais il y avait énormément de vent donc le camion il… En fait c’est ça quand tu vis en camionnette, tu ressens les éléments quoi. Quand il pleut, tu sens qu’il pleut. Quand il y a du vent, tu sens qu’il y a du vent. Donc j’ai pas dormi cette nuit-là mais bon après ça va. Le camion il a tenu bon.
Pauline : Tu as appris un peu de mécanique du coup pendant cette année ?
Maéva : Oui, un petit peu. Après j’ai toujours un peu rafistolé dans ma vie. Il y a toujours des rafistolages à faire, il faut toujours bricoler, il y a toujours une poignée de placard qui va se casser, il y a toujours des trucs qui vont péter en fait. Ça fait partie du jeu.
Pauline : Et donc la chose principale que tu as apprise grâce à cette expérience ce serait quoi ?
Maéva : Apprendre à compter sur moi. Voilà surtout en ce moment je vis seule dans le camion et voilà donc je dois apprendre à me faire confiance. J’ai pas le choix mais c’est bien.
Pauline : Il y a un truc que tu aurais aimé savoir avant de commencer l’aventure ? Ou un truc que tu aimerais dire à des gens qui ont envie de faire ça ?
Maéva : Je pense que ce qu’il faut savoir c’est que la vie en van ça dépend déjà du van que tu vas avoir. Tu vas pas du tout vivre de la même manière selon l’aménagement que tu vas avoir. Et puis il faut pas trop se comparer à tous les stéréotypes que tu vas trouver sur internet parce que ta vie nomade à toi sera particulière en fait. Il n’y a pas une manière de voyager comme ça. Il y a des gens qui ont plein de véhicules différents, des gens qui voyagent en famille, des gens qui voyagent tout seuls, des gens qui voyagent avec des animaux. Faut se faire confiance et écouter son instinct. Même pour trouver des endroits où se garer, qui sont sécurisés. Faut juste s’écouter — mais c’est comme dans la vie quoi.
Pauline : Et donc tu vas continuer cette vie de van ?
Maéva : Oui bah je vais continuer, je vais profiter de l’été. Jusqu’à la fin de l’été on va dire, et puis après je vais arrêter. Je vais me trouver un logement en dur, rigide, à l’abri du vent et de la pluie. Revenir dans la vie normale, entre guillemets.
Pauline : Parce que la vie de camion du coup elle est aussi souvent liée à des boulots saisonniers ?
Maéva : Oui, oui, en effet. Moi j’ai choisi pour subvenir à mes besoins de travailler dans l’agriculture. Et c’est fatigant et c’était très intéressant mais j’ai envie de faire autre chose. Et de prendre soin de ma santé physique. Parce que c’est très fatigant.
Pauline : Tu fais quoi à la base comme métier ?
Maéva : Je suis horlogère.
Pauline : Horlogère ? C’est pas commun ça !
Maéva : Et non.
Pauline : Ok donc tu vas te remettre dans cette voie ?
Maéva : Oui, sûrement. Mais qui sait, peut-être que dans quelques années je reviendrai au van. En tout cas si à un moment donné je me réinstalle dans un logement fixe, j’aurai un véhicule dans lequel je peux dormir. Pas un petit véhicule. J’économiserai suffisamment pour acheter un véhicule assez grand et pour garder cette liberté.
Pauline : Et aujourd’hui, qu’est-ce que tu vas faire ?
Maéva : Aujourd’hui je vais prendre la route pour retourner dans le village où je travaille parce que j’ai passé le week-end chez ma cousine dans le Beaujolais. On a fait un peu la fête. Alors maintenant il faut que je rentre me reposer pour retourner travailler demain matin.
Pauline : À quelle heure ?
Maéva : À 6h du matin.
Pauline : Ouais c’est pas facile !
Maéva : Ça va, moi je fais ça pendant un mois. Mes collègues ils font ça toute l’année. C’est ça qui est aussi intéressant. Les métiers que j’ai essayés, c’est vraiment de voir qu’il y a des personnes qui font ça depuis 20 ans. Et moi je fais ça pendant un mois et demi et je n’en peux plus.
Pauline : Mais t’as dû faire de belles rencontres aussi.
Maéva : Oui. Des rencontres que j’aurais jamais faites dans un boulot de bureau. J’ai rencontré des personnes qui vivaient dans la nature, dans la campagne. C’est pas des gens qui fréquentent les villes, les restaurants, les cinémas. Et les sujets de conversation ne sont pas forcément les mêmes. Et puis vu que le travail est intense, le rapport est différent avec les gens. On s’entraide. Les rapports sont simples, on a des discussions simples. De toute façon, t’es crevé à la fin de la journée.
Pauline : Petit point vocabulaire — comment ça s’appelle ce que tu fais exactement en ce moment ?
Maéva : Ça s’appelle de l’épamprage. L’épamprage en fait c’est tout simplement de retirer les pampres — et donc les pampres ce sont des jeunes pousses qui vont pousser sur les vignes, les arbres qui font des raisins pour faire du vin. Donc en fait je retire des jeunes branches qui ne sont pas encore devenues des branches quoi. Et le but c’est de laisser certaines branches à certains endroits pour que la sève de la vigne aille dans le fruit et elle ne s’éparpille pas dans les jeunes pousses. Comme ça les fruits se développent bien, ils deviennent gros et nombreux et on peut après les récolter.
Pauline : Et les vendanges c’est plutôt fin de l’été, septembre ?
Maéva : Ouais les vendanges normalement c’est au mois de septembre que ça commence mais avec les étés qui se réchauffent ça commence au mois d’août. Ça commence de plus en plus tôt en fait. L’agriculteur est vraiment perturbé par le climat. Parce que si tu fais les vendanges trop tard ça change carrément le goût du raisin et du vin. Ce que j’ai compris, c’est que vraiment le raisin tu vas le récolter à un moment précis. Tu vas vraiment surveiller le raisin avant de le récolter et quand tu les récoltes c’est le bon moment — il a un taux de sucre précis quoi. C’est une science. Le vin en France.
Pauline : Et toi qu’est-ce que tu préfères ? L’épamprage ou les vendanges ?
Maéva : Je préfère les vendanges. L’épamprage c’est surtout au niveau des postures que j’aime pas. T’es penché en avant ou accroupi. Pendant 8h ça fait mal aux genoux, il faut toujours faire attention. Alterner les postures, parfois je m’assois par terre, parfois je me mets à quatre pattes aussi.
Pauline : Dans ton métier agricole, est-ce que tu as vu l’usage de pesticides ?
Maéva : Moi j’ai toujours fait en sorte de travailler pour des entreprises certifiées en biologique, sauf une fois. En bio il y a aussi des traitements, c’est juste qu’ils sont bio quoi. Par exemple là pour l’épamprage je vois le traitement qui a été mis sur les vignes — ça fait une poudre blanche sur les feuilles, c’est un mélange de soufre et de cuivre. Mais ça c’est bio. Mais je sais que c’est pas parce qu’on voit des gens traiter que c’est des pesticides forcément.
Pauline : Très bien alors tu es prête pour reprendre la route. Il n’y a pas de direction assistée dans ce camion !
Maéva : Non. Faut avoir de la force dans les bras ! Bah pour travailler en agriculture il faut un peu de force. Donc j’ai assez de force pour conduire mon camion, tourner le volant et faire des créneaux. En pente.
Pauline : Rentre bien. Merci de nous avoir parlé !
Maéva : Merci de m’avoir écoutée. À bientôt.
Pauline : Sur thefrenchcastle.com !
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